Pendant 5 ans, Halte Nuisibles a fonctionné avec des bons d'intervention papier. Carnet autocopiant, souche blanche pour le client, jaune pour nous. 500 BT par mois, multiplié par 12 mois, ça fait 6 000 feuilles scannées à la main par notre secrétariat. Quand on n'en retrouvait pas une, on la reconstituait à la mémoire — ou on s'en passait.
Début 2026, j'ai décidé d'y passer. En 4 semaines, j'ai construit NaviR Field, notre ERP terrain sur-mesure. Voici comment.
Pourquoi pas un logiciel du marché
On a testé un ERP métier du marché pendant 18 mois. Bon produit, mais pensé pour des grosses structures. Pour une TPE comme nous :
- Trop de champs obligatoires inutiles
- Une logique de tournée rigide
- Des rapports PDF qui ne correspondent pas à ce que le bailleur demande en marché public
- 180 € / utilisateur / mois × 8 techniciens = 1 440 €/mois qui ne couvraient que 60 % de notre besoin
On a aussi regardé Praxedo, Organilog, FieldAware. Même logique : payer cher pour utiliser 50 % du produit.
J'ai fait le calcul : 18 mois d'abonnement = 26 000 €. Coût d'un développement sur-mesure en solo, ma règle personnelle : 20 à 30 jours-homme, soit le même ordre de grandeur, avec un actif qui m'appartient.
J'ai lancé la construction.
La stack, volontairement resserrée
- FastAPI (Python 3.12) pour le backend
- React 19 + Vite + TailwindCSS 4 pour le frontend, mobile-first
- PostgreSQL 16 avec Row-Level Security pour l'isolation multi-agences
- WeasyPrint pour les PDF conformes marchés publics
- Docker Compose pour le déploiement
Pas de framework métier, pas de low-code. Juste la stack que j'utilise sur tous mes autres SaaS. La bonne stack, c'est celle que vous pouvez déboguer à 23h un dimanche.
La méthode : flux réel, pas rêvé
J'ai passé une journée complète avec Kévin, notre meilleur technicien, en tournée. Papier sur les genoux, j'ai noté chaque geste qu'il faisait. Puis je suis rentré et j'ai écrit le modèle de données à partir de ce qu'il avait vraiment besoin :
- 35 tables finales
- 5 rôles (admin, manager, technico-commercial, tech, comptable)
- 19 routeurs API backend
- 39 pages frontend
Aucune fonction « parce qu'on pourrait en avoir besoin un jour ». Uniquement ce qui remplaçait une feuille de papier existante.
Les 3 trucs qui ont tout changé
La signature client en canvas + SHA-256
Le doigt sur l'écran, c'est suffisamment juridiquement opposable pour nos marchés. Plus besoin de scanner. On hash la signature avec un SHA-256 + horodatage + géoloc, et on stocke le triplet dans la base. Conforme sans être lourd.
La géoloc GPS temps réel
Le technicien ouvre son app, on voit sa position toutes les 30 secondes sur la carte. Ça a changé le rôle du manager : avant il passait 2h/jour à appeler pour savoir où ils en étaient. Maintenant il regarde.
La conversion automatique diagnostic → devis → BT → facture
Une chaîne unique, pas de ressaisie. Le technicien clôt son intervention sur le téléphone, le devis est généré à la sortie du bâtiment. Le comptable valide dans la foulée. Zéro friction, zéro oubli.
Après 4 semaines
- 0 feuille papier sur les nouveaux dossiers
- -2h/jour pour notre secrétariat (scan, classement, recherche)
- Signature client sur site → moins de litiges facturation
- Conformité RGPD et marchés publics par design
Et surtout : l'app nous appartient. Quand un bailleur nous demande une fonctionnalité spécifique pour son marché (plan de masse avec dispositifs géolocalisés, par exemple), je l'ajoute en 2 jours. Impossible à obtenir d'un SaaS généraliste.
Ce que je retire de l'expérience
Le sur-mesure n'est pas un luxe — c'est un choix économique. Si vous êtes dirigeant d'une TPE avec un métier précis et que vous savez coder (ou que vous avez un prestataire qui comprend), comparez honnêtement :
- Coût cumulé d'un SaaS sur 3 ans
- Vs. 20-30 jours de développement + 2-3 jours/mois de maintenance
Dans beaucoup de cas, le sur-mesure est moins cher. Et vous gagnez un actif technique que personne ne peut vous retirer en augmentant les prix ou en fermant le produit.